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mercredi, 24 août 2005

Au commencement n'était pas le 11ème - Episode 5

Si le rôle politique de Paris diminue durant la période carolingienne [1], son importance administrative demeure. Charlemagne n’y a probablement plus séjourné dès les premiers temps de son règne. Dès le IXème siècle et jusqu’à la première moitié du XIème, elle ne sera plus capitale du royaume. Orléans, Laon ou Compiègne remportent la préférence des monarques. Il n’empêche que la vie parisienne ne manque pas pour autant d’agitation comme vous pourrez en juger dans quelques lignes…

medium_charles_chauve.jpgLa plus ancienne trace de l’existence d’une rue parisienne remonte à 820. C’est la rue Saint-Germain. Le IXème siècle ne sera cependant pas marqué par l’urbanisation de Paris, ni sa modernisation. La longue nuit architecturale de l’époque est certainement due à l’instabilité politique. Les derniers mérovingiens s’étaient entretués pour le pouvoir, les premiers carolingiens doivent quant à eux combattrent les normands [2]. Le 20 mars 845 les bougres sont à nos portes et pillent la ville. Charles le Chauve [3] leur versera 7 000 livres d’argent pour obtenir leur départ. Sa générosité forcée n’est pas récompensée puisque les vikings reviennent traire la vache parisienne en 852, en 856 (en incendiant la ville au passage) et en 861. Charles paie toujours, de moins en moins, mais il paie et y laissera sa légitimité. Non contents des subsides qu’ils tirent du Roi, les normands prennent l’abbaye de Saint-Denis en 857 et pillent celle de Saint-Germain-des-Prés en 859.

medium_drakkars_ataque.jpgCroyez-vous qu’on en ait fini avec eux ? Que nenni ! Ces vilains normands assiègent une fois de plus notre ville. Ils sont 40 000, arrivés sur 700 vaisseaux par les côtes de… Normandie (Tout s’explique ;-). C’était sans compter sur l’évêque Gozlin qui, bien inspiré avait fait renforcer murailles et ponts entre deux batailles. Grâce à lui, Paris fait preuve d’une résistance héroïque face aux assauts normands répétés (jusqu’en 889 tout de même !). L’ennemi finit par renoncer et notre bonne vieille ville de Paris en retire un prestige certain en ayant mis à mal la réputation d’invincibilité des guerriers vikings.

La rive gauche fut néanmoins entièrement détruite par les Normands en 885. Elle restera déserte un long moment tandis que la rive droite commencera petit à petit son essor. Des enceintes sont édifiées sur cette dernière pour protéger les paroisses de Saint-Gervais et Saint-Germain-l'Auxerrois. Pour situer le panorama, imaginez les murs protecteurs aux environs du Louvre et de la rue de Rivoli.

Les collégiens savent bien que le IXème siècle n’est pas seulement celui de l’invasion normande, c’est aussi celui de «l’invention de l’école», ce qui n’est pas tout à fait juste. Cependant il est vrai que la première école que l’on peut considérer comme publique a été ouverte à Paris par Rémi d’Auxerre vers 850 alors que jusqu’ici les écoles étaient ambulantes et suivaient le roi dans ses déplacements. Notons aussi que l’île de Notre-Dame est mentionnée pour la première fois en 867 (il s’agit de l’actuelle île Saint-Louis).

Après les sièges, relativement infructueux des normands, les assauts ennemis se calment. La maladie prend le relais, une épidémie [4] frappe la ville et décime la population en 945. Alors que le Xème siècle s’achève, la couronne échoit à la dynastie capétienne en 987 et Paris entre, fatiguée, dans l’époque des seigneuries ecclésiastiques et de la reconstruction des quartiers de la ville.

… à suivre…

© Marie Corceiro-Leal

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[1] La dynastie carolingienne : Elle commence avec Pépin le Bref, passe à Charles 1er dit Charlemagne, puis à Louis le Pieux. La succession est ensuite bien difficile et le royaume se scinde. Elle finit avec le règne de Louis V le fainéant qui ne règne qu’un an, de 986 à 987 et meurt d’un accident de chasse.

[2] Les normands : A l’époque, ce terme désigne les «Hommes du Nord», venus de Scandinavie. Après les raids sur Paris, nombre d’entre eux s’installeront en pays de Caux, en Cotentin et sur tout le littoral, le long des cours d'eau et de la Seine. Cette région devient le duché de Normandie au Xème siècle. La colonisation viking se fera ensuite sur plus d'un siècle.

[3] Charles le Chauve (823-877) : … N’était pas chauve. Les apparences sont souvent trompeuses, c’est bien connu. Cependant il y a bien une histoire de cheveux sous son surnom. Il a défié la tradition franque exigeant que le roi ait les cheveux longs en se faisant raser le crâne lors d'une cérémonie religieuse en signe de soumission à l'église. Il paie les normands de nombreuses fois pour qu’ils s’en aillent 845, 852, 856 et 861… Sans succès comme nous l’avons vu. Suite à ces affronts, il perdra toute légitimité.

[4] L’épidémie de 945 : Il s’agirait a priori de la maladie appelée le feu sacré ou le mal des ardents. Les contemporains qui en parlent la décrivent en des termes effrayants, les membres et le corps semblent se consumer de l’intérieur après que le malade ait été saisi d’un froid glacial. Elle est comparée à une sorte de gangrène spontanée ou d’érysipèle gangréneux qui frappe sans distinction les hommes et les femmes de tous âges.


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[ Lire l'épisode 1 : La Préhistoire ]
[ Lire l'épisode 2 : L'Antiquité ]
[ Lire l'épisode 3 : Le Haut-Empire et le Bas-Empire ]
[ Lire l’épisode 4 : Le Haut-Moyen âge – Les mérovingiens ]

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Illustration "Drakkars" : Merci au site Valholl

Portrait de Charles le Chauve : Musée National du Château et des Trianons de Versailles

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Commentaires

Ah... L'épisode 6 ! J'ose vous dire qu'il n'est pas encore écrit... J'ai seulement noté quelques dates phare au fil de mes lectures. C'est que je bouquine au 4 à 6 livres simultanément pour comparer les sources et faire une synthèse. Il y a donc "quelques paires d'heures" comme on dit avant de pouvoir mettre un épisode en ligne... et j'ai du mal parfois à tenir le rythme ;-) Vous devriez pouvoir lire le suite début de semaine prochaine (je n'ose pas vous le promettre pour le week-end).

Ecrit par : Marie | jeudi, 25 août 2005

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